![]() |
||||||||||||||||||
| |
Renoncer à la force Aujourd’hui comme hier, la force et la violence font la loi au Proche-Orient. Du Liban, de Gaza et d’Israël, nous parviennent des images terribles de destructions, de morts et de familles en fuite. Solidaires des habitants d’Israël, éprouvés par les tirs de roquettes au nord et au sud du pays, nous sommes également ébranlés par les souffrances des peuples libanais et palestinien qui subissent de plein fouet les conséquences humanitaires dramatiques des opérations militaires en cours. En dépit de la similitude de l’élément déclencheur - l’enlèvement de soldats israéliens -, il importe néanmoins de souligner que les offensives israéliennes à Gaza et au Liban se situent dans des contextes politiques très différents. A Gaza, suite aux tirs répétés de roquettes palestiniennes et à l’enlèvement du soldat Gilad Shalit, le gouvernement israélien a lancé une action militaire massive, frappant tant les institutions politiques de l’Autorité palestinienne que ses infrastructures économiques et sociales. Bombardement d’une centrale électrique, destruction de canalisations, arrestation d’une soixantaine d’élus et de ministres palestiniens : on peine à saisir le lien entre certaines actions menées et les objectifs déclarés de l’opération. Les victimes civiles se comptent par dizaines, les dégâts matériels s’élèvent à des millions d’euros. Ces opérations prennent place dans le cadre du conflit isréalo-palestinien. La Cisjordanie demeure sous occupation militaire et, malgré le retrait unilatéral opéré l’été dernier, la bande de Gaza reste sous le contrôle d’Israël. La perspective de la création d’un Etat palestinien souverain et viable continue d’être compromise par la poursuite de la colonisation. Au Liban, ripostant à la capture de deux de ses soldats par le Hezbollah à la frontière nord, Israël a mené une offensive de grande ampleur, bombardant toute la région sud, plusieurs quartiers de Beyrouth et de nombreuses cibles dans le reste du pays. En réponse à l’offensive israélienne, le Hezbollah a pilonné quotidiennement les villes et villages du nord d’Israël, jusque Haïfa, troisième ville du pays. Au bout du compte, plusieurs centaines de milliers d’Israéliens et de Libanais ont été contraints de fuir leur foyer et près de 40 civils israéliens et de 900 civils libanais ont payé de leur vie l’incapacité des belligérants à résoudre autrement que par la force leurs différends. Cependant l’arrière-plan du conflit israéo-libanais diffère foncièrement de celui qui caractérise les rapports israélo-palestiniens : le Liban est un Etat souverain, dont le sud a été entièrement évacué par Israël en 2000 – retrait constaté par les Nations Unies. Ici le déclenchement des hostilités ne s’explique que par les intérêts du Hezbollah, mouvement terroriste chiite qui échappe au contrôle du gouvernement central libanais, et de ses parrains syrien et iranien. Ceux-ci cherchent à maintenir l’instabilité sur la frontière israélo-libanaise pour des raisons stratégiques et à instrumentaliser la cause palestinienne afin de servir leurs intérêts politiques. Dans ce contexte, Israël a évidemment le droit de défendre ses citoyens et de riposter à des attaques contre son territoire. L’envoi délibéré de roquettes sur des civils israéliens est un crime de guerre injustifiable. Pourtant, Dor Hashalom, organisation de paix attachée à Israël, tient à exprimer son exaspération face au caractère démesuré des opérations menées et son scepticisme à l’égard de la stratégie suivie par les responsables israéliens. Les dommages énormes causés au Liban profitent aujourd’hui à la milice chiite en renforçant sa popularité au sein de la population libanaise et du monde arabo-musulman. Par ailleurs, il est vraisemblable que les parties procéderont finalement à l’échange otages contre prisonniers, évoqué dès le début des hostilités. Ce bilan amer devrait convaincre les uns et les autres qu'il n'y aura pas de stabilité dans la région tant qu’une solution politique n’aura pas été atteinte. Le seul gain réel pour tous ceux qui aspirent à la paix est l’implication accrue de la communauté internationale à travers l’arrivée d’une force d’interposition mandatée par l’ONU. Aujourd’hui il faut mettre en évidence que la situation à Gaza justifie aussi l’envoi d’une force internationale d’interposition. Dans les deux cas, il est essentiel de protéger les populations civiles des deux côtés de la frontière. Dans les deux cas, il faut profiter de la disposition des parties à une implication accrue de la communauté internationale afin d’avancer vers une résolution globale du conflit. L’escalade sanglante observée ces dernières semaines montre qu’une politique de retraits unilatéraux ne suffit pas à garantir la sécurité. L’isolement des acteurs nécessaires à la résolution du conflit -comme la Syrie ou l’Autorité palestinienne- constitue un facteur d’instabilité. Leurs engagements dans un processus de paix semblent incontournables pour aller de l’avant. Sur le long terme, seuls des compromis basés sur le droit international et acceptés par les différentes parties permettront de responsabiliser les protagonistes et de garantir la sécurité et l’avenir de toute la région. Un règlement global du contentieux israélo-arabe et une solution équitable à la question palestinienne sont les conditions nécessaires à la sécurité et l’épanouissement de l’Etat d’Israël.
|
|||||||||||||||||