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Jeudi
23 janvier 2003
Amram
Mitzna: le droit et non la force
À
la tête du parti travailliste, il offre une alternative crédible
à la politique répressive du gouvernement Sharon. Pour rompre
avec une logique coloniale et asseoir l'égalité des peuples.
Au début du mois de novembre, une délégation
de la Génération de la Paix est allée en Israël
pour y rencontrer les différentes composantes du camp de la paix
israélien. Nous voulions tout à la fois leur marquer notre
soutien et mieux comprendre la situation sur place. Chacun de nos interlocuteurs
a développé une analyse propre mais tous se retrouvaient
pour condamner avec sévérité la stratégie
d'Union nationale du parti travailliste et souhaitaient que la gauche
défende à nouveau un véritable projet alternatif.
Une semaine plus tard, cette aspiration au changement
des militants de la paix se concrétisait par l'élection
triomphale d'Amram Mitzna à la présidence du parti travailliste
israélien. Celle-ci offre enfin une alternative crédible
et réalisable à la politique répressive du gouvernement
Sharon. Il est possible que Mitzna n'ait pas le temps de convaincre le
tiers indécis de la population avant les élections de janvier.
Mais même dans ce cas, sa candidature constitue la première
étape d'un processus de clarification qui est indispensable si
l'on veut se donner les moyens politiques d'arriver à une paix
juste et durable.
En effet, en choisissant Mitzna comme chef de file, les
militants du parti travailliste ont envoyé un signal clair à
leurs représentants: ils croient que le plan d'action de Mitzna,
basé sur une évacuation totale de Gaza et sur un retour
immédiat à la table des négociations, est réalisable
et pertinent. Ce faisant, ils prennent leur distance avec la rhétorique
du refus palestinien des offres généreuses d'Ehoud Barak
à Camp David.
Cette évolution constitue un changement radical
de perspective de la part de la gauche israélienne. Afin de mieux
saisir sa portée, il faut revenir un instant sur l'échec
de Camp David et en particulier sur la rhétorique des offres `généreuses´.
Le choix de l'adjectif `généreux´ nous semble révélateur
car il suppose que les représentants israéliens auraient
proposé plus qu'ils n'étaient tenus de le faire. Ceci nous
renvoie évidemment au choix de la norme de référence:
la force ou le droit.
Dans le cas qui nous occupe, il semble évident
que ceux qui parlent de générosité dans le chef de
Barak estiment implicitement que la norme de référence est
celle qui découle de la réalité du rapport de force,
à savoir une supériorité militaire importante d'Israël
qui lui permet d'occuper les territoires palestiniens sans affronter de
résistance armée significative. Par rapport à cette
norme, les propositions du gouvernement israélien étaient
effectivement très généreuses puisqu'elles prévoyaient
une évacuation effective d'une part significative des territoires
occupés et une souveraineté limitée sur certains
quartiers de Jérusalem-Est, ce qui constituait une avancée
importante - et courageuse - par rapport à tout ce qui a pu être
proposé par le passé.
Pour autant, choisir le résultat d'un rapport de
force militaire comme norme de référence est inacceptable.
Ce choix est la caricature du type de rapport qui s'est mis en place entre
les sociétés israéliennes et palestiniennes tandis
que s'établissait la domination militaire et économique
de l'une sur l'autre: une relation de nature quasi coloniale. Dans ce
cadre, `l'indigène´ - qui n'est pas supposé avoir
de droits - doit évidemment toujours accepter avec humilité
ce que le colon veut bien lui accorder. Par exemple, une proposition aussi
`généreuse´ que celle de Camp David (2) qui supposait
non seulement l'annexion pure et simple de 10 pc de la Cisjordanie mais
aussi le maintien d'une présence militaire israélienne sur
10 pc supplémentaires du territoire (à travers une location
à long terme), le contrôle de toutes les frontières
de l'Etat palestinien par Israël et l'établissement de routes
réservées à Tsahal qui traversaient la Cisjordanie
de part en part!
Si l'on prend un peu de recul, on se rend compte que non
seulement aucune direction palestinienne ne pourra jamais faire accepter
un accord pareil à sa population mais, quand bien même ce
serait le cas, il est inacceptable sur le plan des principes de maintenir
le peuple palestinien dans une telle position d'infériorité.
Il ne s'agit pas seulement de justice mais de la conception même
de ce que devrait être l'Etat d'Israël.
Si la gauche israélienne veut avancer, elle doit
au contraire rompre définitivement avec cette logique coloniale
et comprendre que le peuple palestinien n'acceptera jamais de se voir
imposer un accord qui ne prendrait pas en considération ses droits.
Or, dans le cas qui nous occupe, les résolutions des Nations unies
constituent la seule norme qui puisse être admise comme une référence
commune pour définir les droits respectifs de chacune des parties.
Elles établissent en particulier le droit pour chaque peuple à
disposer d'un Etat pleinement souverain sur les frontières correspondant
à la ligne de cessez-le-feu qui a prévalu jusqu'en 1967
(soit 78 pc du Mandat britannique pour l'Etat d'Israël, et 22 pc
pour l'Etat palestinien).
Si elle veut réunir les conditions politiques pour
avancer, la gauche doit d'abord avoir le courage d'expliquer à
la population israélienne qu'il n'y aura de paix durable que si
l'on abandonne toute logique de domination et que l'on construit un projet
fondé sur le respect mutuel et l'égalité des peuples.
Après deux ans d'Intifada, nous savons à
quelle sorte de sécurité et de Paix peut conduire un gouvernement
d'Union nationale emmené par le Likoud. Nous savons aussi que la
plus belle des récompenses pour les terroristes de tout bord -
que nous condamnons sans appel comme tous ceux qui prônent la violence
aveugle comme moyen d'action politique - consiste justement à geler
le processus de paix après chaque attentat et à repousser
toute négociation sur un accord permanent. Ne tombons pas dans
ces pièges: il faut aller plus vite que la haine et partir des
résultats des négociations de Taba qui ont déjà
permis de tracer pour chacun des problèmes - y compris celui des
réfugiés - les grandes lignes de ce qui pourrait être
un accord de paix équilibré. Donnons une chance à
la paix de se réaliser! Pourquoi ne pas enfin consacrer autant
de temps à la voie du compromis et du dialogue que les vingt mois
qui viennent d'être consacrés - sans succès - à
la manière forte? Contrairement à un gouvernement d'Union
nationale, Amram Mitzna à la tête d'une coalition de gauche
comprenant le parti travailliste et le Meretz semble être capable
de le faire. Quels que soient leur camp ou leurs reproches passés,
ceux qui veulent vraiment arriver à la paix doivent encourager
la gauche israélienne à avancer dans cette voie.
Association de jeunes juifs pacifistes attachés à Israël.
Le comité de Dor shalom - La Génération de la Paix
avec Ilan Tojerow (président), Gérald Goldstein, Jonathan
Levy, Benjamin Beeckmans, Simon Chabrillat, Ariane Glikerman, Yves Goldstein,
Patrice Haberkorn, Nicolas Kriwin, Lola Lapiower, Sandrine Resler, Christophe
Soil, Jérémie Tojerow, Jérémie Wald et Micha
Wald.
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