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Rompre
le silence
Extraits
de témoignages de soldats israéliens dans les Territoires,
publiés sur le site http://www.shovrimshtika.org.
Traduction de l’anglais par Sandrine Resler.
Checkpoints
Tout-puissant
Couvre-feu
Incidents
à Abu Sneina
L’ajout
de « s’il vous plaît »
Hébron
Incursions
et démolitions
Pour
s’occuper
En
guise d’exemple
Checkpoints
• Notre
job était
d'arrêter les Palestiniens au checkpoint et leur dire qu'ils ne
pouvaient plus passer par là. Peut-être qu'ils le pouvaient
encore il y a un mois, mais plus maintenant. Et nous savions qu'il y avait
un autre chemin pour passer, donc d'un côté on n'avait pas
le droit de les laisser passer, et de l'autre il y avait toutes ces vieilles
femmes qui devaient passer pour rentrer chez elles, alors on leur montrait
la direction de l'ouverture à travers laquelle elles pouvaient
passer sans qu'on les remarque. C'était une situation absurde.
On ne peut pas dire que c'était le juste fait de "nous autres"
les soldats. Nos officiers aussi étaient au courant. Même
que c'est eux qui nous l'avaient appris. Personne ne s'en souciait. Ça
m'a fait me demander ce qu'on faisait au checkpoint. Pourquoi était-il
interdit de passer ? C'était vraiment une sorte de punition collective.
N'importe quel terroriste pouvait être au courant pour l'ouverture
et passer par là. C'était juste une punition collective.
Vous n'avez pas le droit de passer parce que vous n'avez pas le droit
de passer. Si vous voulez commettre une attaque terroriste, tournez à
droite puis à gauche, mais si vous ne voulez pas commettre une
attaque terroriste, vous avez à faire un gros détour, c'était
vraiment brillant …
• J'ai eu honte de moi-même le jour où j'ai réalisé
que tout simplement j'aime la sensation de puissance. Je n'y crois pas.
Je ne pense pas que ça soit la bonne manière de traiter
quelqu'un, certainement pas quelqu'un qui ne vous a rien fait, mais on
ne peut pas s'empêcher d'aimer ça. Les gens font ce que vous
leur dites. Vous savez que c'est parce que vous portez une arme. Sachant
que si vous ne l'aviez pas, et que si vos camarades n'étaient pas
à vos côtés, ils vous sauteraient dessus, vous battraient
et vous poignarderaient à mort – vous commencez à
aimer ça. Pas seulement aimer ça, mais vous en avez besoin.
Et alors, quand soudainement quelqu'un vous dit "non" : qu'est-ce
que tu veux dire "non" ? Où tu vas chercher cette chutzpah,
d'oser me dire non ? Oublie un moment qu'en réalité je pense
que ces Juifs sont fous, que je suis en faveur de la paix et que je crois
que nous devons quitter les Territoires, comment oses-tu me dire non ?
Je suis la Loi ! Je suis la Loi ici ! Et là tu commence à
comprendre que ça te fait te sentir bien. Je me rappelle une situation
précise: j'étais à un checkpoint temporaire, comme
on disait: un checkpoint d'étranglement. C'était un tout
petit checkpoint, très intime, 4 soldats, pas d'officier, aucune
protection digne de ce nom, un truc à peine officiel, bloquer l'entrée
d'un village. D'un côté un file de voitures qui veulent sortir,
de l'autre une file de voitures qui veulent passer, une longue file, et
tout à coup vous avez un pouvoir incroyable au bout des doigts,
comme si c'était un jeu vidéo. Je suis là debout,
je désigne quelqu'un, je te dis de faire ceci ou cela, et tu le
fais, la voiture démarre, se rapproche, s'arrête devant moi.
La voiture d'après suit, vous faites un signe, elle s'arrête.
Vous commencez à jouer avec eux, comme un jeu vidéo. Toi
tu viens ici, tu vas là-bas, comme ci comme ça. Vous bougez
à peine, vous les faites obéir du bout des doigts. Un tel
sentiment de puissance. Quelque chose qu'on ne peut ressentir nulle part
ailleurs. Vous savez bien que c'est juste parce que vous avez une arme,
que vous êtes un soldat, vous savez tout ça, mais c'est comme
une drogue. Quand je m'en suis rendu compte … Je me suis observé
afin de comprendre ce qui m'était arrivé. Et là il
y a eu comme une grosse bulle qui a éclaté. Je pensais être
immunisé, que quelqu'un comme moi, de réfléchi, d'instruit,
un homme moral avec des valeurs éthiques, … toutes ces choses
que je peux affirmer sans aucun doute à propos de moi-même.
Tout d'un coup, je me rends compte que contrôler les gens est devenu
ma drogue.
• Pendant cette période, le lieutenant ***, commandant du
second peloton, était responsable du checkpoint 101. Durant tout
ce temps, il se conduisit de manière irrespectueuse et cruelle
envers les gens qui passaient au checkpoint. Par exemple: il lui arrivait
d'arrêter complètement toute une file de voitures attendant
de passer le checkpoint, pour peu qu'un conducteur impatient ait klaxonné.
Ce conducteur était bon pour une engueulade et une attente supplémentaire.
Le commandant était connu pour ses remarques acérées
aux conducteurs inspectés, du style "va te faire exploser"
ou "et bonne explosion" et dans ce goût-là. Durant
le 5 semaines où son peloton était en charge du checkpoint,
il a créé une "atmosphère de terreur" qui
n'a pas du tout aidé à détendre l'atmosphère
déjà tendue du checkpoint. Il est important de noter que
seuls les Israéliens ont le droit de passer ce checkpoint et que
la plupart des gens qui passent par là sont des Arabes israéliens.
• Un gamin de 4-5 ans s'approcha du checkpoint 45 à Naplouse
et demanda la permission de passer. Le sergent de garde refusa. Le gamin
le supplia plusieurs fois et à la fin le sergent devint furieux,
arma son fusil, le braqua sur la tête du gosse et lui dit que s'il
le lui demandait encore une seule fois, il lui tirerait dans la tête.
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Tout-puissant
• Le
truc le plus fou est que vous êtes là, un soldat de Tsahal
OK ? Vous avez une mitraillette, elle est chargée et la sécurité
est enlevée. Alors quoi, t'es con ou quoi ? Comment oses-tu ne
pas m'écouter ? Je peux t'abattre à tout moment. Je peux
t'exploser la tête avec ma crosse, et il y a toutes les chances
que mon officier me tapote l'épaule et me dise "Ça
leur apprendra, tu as fini par comprendre". Comment oses-tu ? Qu'est-ce
que t'as pas compris ? Tu vois pas comme j'ai un pouvoir absolu sur toi
? C'est dingue. Je suis juste un gosse. Je suis né hier. Je tiens
mon pouvoir de mon uniforme et de ma mitraillette, c'est ce qui me donne
le droit de tout décider. Et je fais ce qu'on m'a dit. J'ai ce
pouvoir et je l'utilise. Je suis peut-être la personne la plus évoluée
et la plus attentionnée au monde, mais quand je dis "mamnu`
tajawul, ruh `al beit" [c'est couvre-feu, rentrez chez vous], il
y a 4 points d'exclamation et un point final à la fin de ma phrase.
C'est pas négociable. Je m'en fous si j'ai 18, 17, ou 21 ans. Je
suis un soldat. J'ai un flingue et je suis de Tsahal. J'ai des ordres
et ils ont intérêt à y obéir. ils ont intérêt
à obéir aux ordres que je leur donne. C'est moi qui donne
les ordres ici. En fait, ce sont des civils, et je leur donne des ordres
tout le temps … et ils obéissent que ça leur plaise
ou non. Et si ça leur plaît pas, si ils rechignent, alors
je les force à obéir Pourquoi ? Bonne question. Très
bonne question. Je sais vraiment pas … parce que. Parce que c'est
la merde. Voilà.
• Pendant une patrouille de routine à Ramallah, le conducteur
du tank a roulé sur 3 voitures de prix. Il agissait sur les ordres
du commandant qui lui avait ordonné d'écraser les voitures.
Un des tanks qui suivait a aussi roulé sur ces 3 voitures. Aucun
des membres des équipes des 2 tanks n'a fait aucune remarque. Une
semaine plus tard, le commandant en question faisait à son unité
un cours sur la "Pureté des armes" [l'usage ethique de
la force militaire].
• Pendant une patrouille de routine en transport de troupe blindé
afin d'imposer le couvre feu à Béthlehem, le soldat en charge
du lance-grenade (le paramédic) a reçu l'ordre de lancer
quelque grenades de gaz sur un balcon où une famille palestinienne
était tranquillement installée à manger de la pastèque.
Les raisons: 1. Ils étaient à l'extérieur de leur
maison (sur leur balcon) et donc violaient le couvre-feu. 2. Ils étaient
probablement occupés à nous observer afin de préparer
un attentat contre nos forces. Le soldat leur envoya quelques grenades
de gaz et puis il commença à se disputer avec un autre soldat
sur qui allait gagner le "jeu" de réussir à lancer
une grenade à l'intérieur de l'appartement. Chacun à
son tour a essayé de lancer une grenade de gaz à l'intérieur
de l'appartement.
• […]Plus tard durant cette patrouille (censée durer
2 heures selon l'ordre de mission), le commandant de peloton décida
d'emmener ses soldats voir les sources naturelles qui donnent son nom
au village (c'est loin de la route principale). Plus nous restions dans
le village, plus les villageois commençaient à s'énerver
et à s'agiter. Progressivement un groupe d'enfants commença
à se former à 300m de nous. Les enfants commencèrent
à crier, à nous insulter et à jeter des pierres.
Inutile de le dire, les pierres n'avaient aucune chance de nous atteindre.
Le commandant de peloton et le commandant de division appelèrent
alors le sniper, sergent de première classe ***, afin qu'il vienne
prendre la mesure de la distance entre les enfants et nous. Le sniper
répondit que c'était 300m, et ils lui demandèrent
de tirer à balles réelles sur le lampadaire juste à
côté des enfants. Quand il répondit qu'à une
telle distance son tir serait imprécis, il reçu l'ordre
de le faire tout de même. Il se mit en position de tir, puis redemanda
une explication sur le but de ce tir. A ce point, le commandant de peloton
lui répondit que c'était juste un test et qu'il plaisantait.
Après 4 heures et demi dans le village, les habitants étaient
hors de leur maison et ce groupe d'enfants était jusque là
le seul à avoir agi de façon hostile (à jeter des
pierres à distance), le commandant de division a appelé
le lanceur de grenade afin d'envoyer du gaz lacrymogène sur les
enfants. Quand le lanceur de grenade lui a demandé le but de la
manœuvre, le commandant a perdu patience, lui a pris son arme et
l'a donné à son radio avec l'ordre de tirer [du gaz lacrymogène]
sur les enfants. Ce qu'il a fait. Quand nos force revinrent dans ce village
plus tard, elles furent accueillies avec des pneus en flamme et des grenades
à main artisanales.
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Couvre-feu
• Si
je devais mettre des pourcentages, je dirais qu'il y avait couvre-feu
80% du temps. Au début il n'y avait pas de couvre-feu et puis c'est
devenu une situation permanente. Il y avait par-ci par-là un jour
sans, principalement pendant la Hudna [cessez-le-feu] il y a eu un répit
de 2 semaines. Aussi, il y avait ces décisions étranges
qui vous donnaient l'impression qu'il y avait quelque part quelqu'un dans
un bureau qui pouvait un peu faciliter les choses. Il y avait de longues
période de couvre-feu de 6 heures à 6 heures, ou de 8 heures
à minuit. Puis, sans avertissement, couvre-feu de 8 heures à
midi. La routine: fermer les magasins, renvoyer tout le monde à
la maison, et puis les laisser ré-ouvrir.
Q:
Quand vous dites "fermer les magasins", où exactement
à Hébron ça se passait-il ?
Dans la rue
principale de la Casbah toujours. A un certain moment c'est devenu très
facile, il n'y avait plus de magasins.
Q:
Quand il y en avait encore, comment cela se passait-il ?
“Sakir, sakir, sakir, sakir, sakir, sakir, sakir”
[fermez!] faire le tour, atteindre le bout de la rue, revenir en arrière,
encore un tour et ça y est: tout est fermé, pas âme
qui vive. Dans une rue encombrée, avec l'habileté actuelle
de Tsahal, juste 10 minutes.
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Incidents
à Abu Sneina
• Je
veux parler d’un incident qui s'est passé pendant un enterrement
au cimetière d'Abu Sneina. […] Nous sommes arrivés
avant que ça ne commence. Il y avait déjà pas mal
de monde au cimetière, peut-être une centaine de personnes
en deuil. L'officier s'est approché et a voulu disperser le rassemblement.
Pour moi, un enterrement est quelque chose de très … enterrer
une personne décédée est vraiment quelque chose qui
doit être fait… c'est la chose la plus humaine au monde, il
n'y a pas à en discuter. Quand il s'est approché de ces
gens endeuillés et a essayé de les disperser, il avait,
j'étais près de lui, il avait un regard plein de haine.
Ces gens … ils voulaient juste enterrer quelqu'un qu'ils aimaient,
et lui est venu pour les disperser avec de la haine et des cris et des
menaces avec son arme. Et il a braqué son arme vers les gens, et
quand il s'est rendu compte qu'ils étaient déterminés
à continuer l'enterrement, il a essayé d'utiliser tous les
moyens possibles … il jurait, il a armé son fusil, il s'est
approché d'un vieil homme dans les 80 ans qui pouvait à
peine bouger et lui a braqué son arme en plein visage, et il y
avait vraiment plus d'un centaine de personnes occupées à
regarder un officier agissant avec tant de haine. Et à travers
son insistance à interrompre les funérailles, je pouvais
vraiment voir qu'il ne les considérait pas comme des être
humains. Je suis encore furieux contre moi-même de n'avoir rien
dit. Comme dans d'autres incidents, j'ai seulement baissé les yeux,
je ne savais pas quoi faire de moi-même.
Je veux rajouter quelque chose qui met tout ça
en perspective, l'insupportable inutilité de tout ça, c'était
pendant la Hudna, et en fin compte il est apparu qu'ils avaient l'autorisation
de procéder à cet enterrement. Ça, ça été
le plus dur, de finalement apprendre qu'ils avaient une autorisation de
l'armée, et que tout ce qu'il avait à faire c'était
d'appeler le QG pour demander des ordres, et qu'alors il aurait appris
que tout ça n'était pas nécessaire.
• […] A cette époque il n'y avait pas d'unité
de Tsahal stationnée dans Abu Sneina, maintenant il y en a une.
Donc ce que le commandant de compagnie faisait était de prendre
2 APC [Armored Personnel Carriers] une fois par semaine plus ou moins
et d'envoyer une sorte de caravane blindée à Abu Sneina.
[…]. C'était en quelque sorte une patrouille violente. Je
veux dire, ils y allaient avec 2 APC et tout le matériel, il y
avait aussi un grenadier. Ils y allaient violemment pour démontrer
notre présence. Une nuit j'étais à ***, dans la maison,
et on est informé qu'ils y vont. Tout le monde se précipite
à son poste pour les couvrir, afin qu'ils ne se fassent pas tirer
dessus des toits, à l'époque, il y avait beaucoup d'hommes
armés dans le coin, … des tirs de snipers, des tirs d'armes
automatiques sur des postes de Tsahal ou sur nous. Et alors, tout à
coup, on entend une explosion énorme et tout le monde a la trouille,
on pensait que quelque chose s'était passé, tout le monde
regarde dans tous les sens, essayant de comprendre ce qui s'était
passé … et là un des commandants de compagnie dit:
" C'est OK, c'est OK, c'est moi. Quelqu'un a garé sa voiture
ici et on a lancé une grenade dessus. Maintenant il saura qu'il
ne faut pas se garer ici." Et puis soudainement un rire à
la radio, une autre explosion et puis "Bon, demain matin il retrouvera
sa boutique redécorée." Des trucs dans le genre, vous
savez, pour bien faire sentir la présence de Tsahal.
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L’ajout
de « s’il vous plaît »
• Il
y a ces types … je veux pas les définir … mais ces
types qui croient qu'il n'est pas moral d'occuper les Territoires et qui
malgré tout servent dans les Territoires. Ils ont une tendance
à dire "je n'ai pas fait toutes ces choses, moi je ne fais
pas toutes ces horreurs dont vous entendez parler aux nouvelles ou ailleurs".
Et nombre d'entre eux se félicitent eux-mêmes, et se disent
"Regarde, ils sont gentils avec nous, ils nous sourient, nous offrent
du café". Et quand j'entends ça, ça me rend
dingue. La question est: qui est gentil avec nous, qui nous offre du café
? Les Arabes. Les Juifs sont toujours gentils bien sûr, sauf si
cela ne les arrange pas. Mais en général ils sont gentils,
et on s'attend des Arabes à ce qu'ils soient hostiles … et
vous faites ce que vous avez à faire, monter sur le toit d'une
maison, et le propriétaire de la maison vous apporte des oranges
et du café. Et vous commencez à trouver ça normal
… Vous regardez l'homme dans les yeux et vous vous dites à
vous-même: "Je suis capable de voir s'il a peur de moi ou s'il
m'aime bien". Tout ça c'est des conneries. Il peut même
bien vous aimer, parce que vous avez toqué poliment à sa
porte au lieu de la démolir. Mais en fin de compte, si j'étais
eux, ça ne ferait pas beaucoup de différence pour moi si
on me disait "rentrez à l'intérieur s'il vous plaît"
ou "rentre à l'intérieur" avec un fusil braqué
dans mon visage. Quelle différence cela fait-il ? Vous ne me laissez
pas marcher librement dans les rues, vous ne me laissez pas travailler,
vous ne me laissez pas vivre et respirer. Quelle différence cela
fait-il si c'est avec politesse ou par la force ? Quelle différence
si vous ouvrez la porte, ou si vous la démolissez, dans tous les
cas vous entrez dans ma maison … c'est aussi simple que ça
pour vous.
De toute façon, un mois avant que vous n'arriviez,
un mois après votre départ, ce sera toujours la même
chose. Vous êtes peut-être un soldat moral, un soldat évolué,
vous vous êtes bien conduit, correct avec tout le monde ? Pas seulement
avec les Arabes, avec tous les êtres humains. Vous étiez
quelqu'un de bien. Quelqu'un de moins bien viendra après vous.
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Hébron
• Q:
Quand vous entendez le mot "Hébron", quelle est la première
chose qui vous vient à l'esprit? Qu'est-ce que ce mot évoque
pour vous ?
Je ne veux pas aller là-bas… Je ne veux pas
être là… Je n'ai vraiment rien à faire là.
C'est un endroit dont je ne m'approcherai jamais plus, je pense. Je ne
veux pas me rappeler où je suis allé, où je ne suis
pas allé, à quel poste ou à quel coin de rue j'étais
positionné. Et ce qui s'est passé là-bas… Non…
Non, je ne veux plus rien de tout ça, je ne veux plus me souvenir
de rien.
• Ce matin-là, un gros groupe arrive à Hébron,
dans la quinzaine, des Juifs de France. C'étaient tous des Juifs
religieux, des Français, ils ne parlaient pas vraiment hébreux,
ils parlaient moitié anglais, moitié hébreux et moitié
français. Ils étaient de bonne humeur, ils s'amusaient vraiment
beaucoup et j'ai passé tout mon tour de garde à suivre partout
cette bande de Juifs et à essayer de les empêcher de détruire
la ville. En gros, c'est ce qu'ils ont fait pendant des heures. Ils se
baladaient dans les alentours, ramassant toutes les pierres qu'ils voyaient
et les lançant dans les fenêtres des Arabes, et renversant
tout ce qu'ils trouvaient sur leur chemin. Une bande de Juifs est juste
arrivée de France, a débarqué dans le secteur dont
nous étions responsables, et a fait tout ce qu'ils avaient envie.
Et ceci n'est pas une histoire d'horreur, ils n'ont pas
attrapé un Arabe pour le tuer ou rien dans le genre, mais ce qui
m'a perturbé dans cette affaire, c'est que ces Juifs débarquent
de France, et je n'ai aucune idée d'à quel point ils sont
au courant de ce qui se passe ici, et … peut-être que quelqu'un
leur a dit qu'il y a un endroit sur terre où l'on peut juste …
je sais pas, … qu'un Juif peut y laisser éclater toute sa
rage sur les Arabes et faire tout, absolument tout ce qu'il a envie. Qu'il
peut venir dans une ville palestinienne, et y faire tout ce qu'il lui
plaît, et qu'il y aurait toujours des soldats pour le protéger.
Parce que c'était ça mon travail. Bien sûr j'aurais
pu essayer de les empêcher de lancer des pierres. Sauf que je ne
pouvais pas le faire évidemment, je ne pouvais tout de même
pas leur courir tout le temps après, pas de manière utile
du moins. Mais mon vrai boulot, c'était de les protéger,
d'assurer qu'il ne leur arrive rien. Et c'est bien comme ça qu'on
nous a expliqué notre mission. Pas de les empêcher d'agir.
A la rigueur d'essayer de les empêcher. Mais principalement de les
protéger.
• Le pire à Hébron, ce qui vous affecte le plus, c'est
cette indifférence totale que ça instille en vous. C'est
difficile de décrire cette mer d'indifférence dans laquelle
vous nagez tant que vous restez là-bas. C'est peut-être possible
d'expliquez un peu, avec des anecdotes, mais c'est jamais tout à
fait ça. Un de ces histoires, c'est un petit garçon, dans
les 6 ans, qui passe devant moi au poste. Il me dit: "soldat, écoute,
ne sois pas fâché, n'essaie pas de m'arrêter, je sors
pour aller tuer des Arabes." Je regarde le gosse, sans savoir ce
que je suis sensé faire. Alors il dit: "d'abord je vais aller
m'acheter une glace chez Gotnik" - c'est leur épicerie - "puis
je vais aller tuer des Arabes". Je n'avais rien à lui dire.
Rien. Je suis resté totalement paralysé. Et ça c'est
quelque chose, qu'une ville, qu'un expérience pareille puisse transformer
quelqu'un qui était un éducateur, un conseiller, quelqu'un
qui croyait en l'éducation, qui croyait au pouvoir de la discussion
avec les gens, même si les opinions étaient différentes.
Mais je n'avais rien à dire à un gamin comme ça.
Il n'y a rien qu'on puisse lui dire …
• Je ne me rappelle pas exactement à quelle étape
de la mission c'était … Je me rappelle juste qu'un vendredi
on est parti en patrouille. […] nous avons découvert un gros
objet en métal sur le sol [de Shlomo Square]. Il faut que vous
compreniez que les vendredi à Hébron, il y a une atmosphère
comme nulle part ailleurs, pas même dans n'importe quelle autre
colonie israélienne. On sent vraiment là-bas à Chabbat
qu'on peut être tué à tout moment. Un Chabbat de tension.
Chaque Chabbat que j'ai passé là-bas a raccourci ma vie
d'un an ou deux. La tension est insupportable. Et ça recommence,
Chabbat après Chabbat. [...] Nous avons vu cet objet, et notre
commandant ne savait pas quoi faire. Il a contacté le commandant
de la compagnie par radio et le commandant de la compagnie a eu l'air
tendu. Le commandant de la patrouille voulait appeler les démineurs
pour enlever ce truc. On pouvait pas savoir ce que c'était. Ça
avait été mis là clairement en notre honneur, mais
c'était pas clair si c'était juste là tout seul,
ou si quelqu'un était en train de surveiller notre réaction.
Confusion. Et le commandant de la compagnie était nerveux à
la radio. J'avais pas de radio, mais je pouvais l'entendre crier à
travers les écouteurs de mon commandant. […] Mon commandant
a arrêté un type et l'a forcé à y aller. On
pouvait voir que le type était totalement en état de choc.
Le commandant lui a dit de bouger l'objet, de le soulever. Je me rappelle
qu'en tout ça n'a pris qu'une minute, peut-être moins. Le
type y est allé. Je me rappelle que son visage tremblait, il avait
l'air de pas savoir si il devait le faire ou non. Et nous on était
là, […] 4 soldats à une distance de sécurité.
Quand cet homme y est allé et a commencé à bouger
l'objet, il était vraiment, vraiment effrayé. Après
que ça soit fini et qu'on l'ait laissé partir, alors seulement
je me suis rendu compte de ce que nous avions fait. Maintenant, ça
c'est passé en moins d'une minute … une demi-minute, pareille
à n'importe quelle autre demi-minute de patrouille à Hébron.
La routine, rien que de très ordinaire. Et je me rappelle qu'après
ça, *** et moi-même nous sommes dit qu'on devait faire quelque
chose , aller en parler au commandant du régiment peut-être.[…]
mais d'un manière ou d'une autre ça a fini par perdre de
son importance au fil du temps.
• Ce qui m'a affecté le plus sur mon temps à Hébron,
c'est quelque chose qui s'est passé quand je venais d'arriver.
J'étais de garde au poste quand tout à coup une petite fille
surgit d'une ruelle et me crie "soldat, soldat, viens vite, il y
a un Arabe qui attaque une fille". Je suis alarmé et me précipite
avec mon fusil prêt. Là je découvre un Arabe avec
ses 2 enfants, en train d'essayer de les protéger d'une autre petite
fille de colons qui leur jette des pierres. Je pète un câble
et commence à l'engueuler. "Qu'est-ce que tu fous ? Qu'est-ce
qui se passe ici ?" et je me retrouve déchiré entre
cette gamine qui jette des pierres et qui hurle que c'est un Arabe et
qu'il devrait être tué et qu'ils n'ont rien a faire ici,
et le père, pauvre homme, qui d'un certaine manière me dit
de ses yeux sans espoir "Nous avons l'habitude, ça fait longtemps
que c'est comme ça, c'est OK".
• Quand j'ai servi à Hébron, pour la première
fois de ma vie j'ai ressenti quelque chose de différent à
propos du fait d'être Juif. Je ne sais pas pourquoi, je ne peux
pas l'expliquer, mais j'ai ressenti quelque chose de différent
sur ce que c'est d'être Juif, le Tombeau des Patriarches, la cité
antique, ça m'a touché spirituellement d'une certaine manière.
Ça c'était mon sentiment initial là-bas. Au début,
je sentais vraiment que j'étais en train, peut-être pas de
défendre l'Etat, mais de défendre des Juifs qui font partie
de l'Etat d'Israël, et dans une ville qui était disputée
d'une manière différente des autres villes où il
y a des Arabes je pense, parce que c'est la ville de nos ancêtres,
et il y a le Tombeau des Patriarches et tout ça. Mais de jour en
jour … pour être honnête, c'est pas de jour en jour,
mais un beau jour je me suis brutalement rendu compte: J'étais
à ***, le long de la route des pèlerins, et j'étais
posté là avec ***. Ce jour-là il y avait eu une attaque
terroriste.
Tout à coup, sans prévenir, un groupe de
plus ou moins 6 Juives nous arrive dessus, accompagnées de 6-7
filles, des petites filles, et elles commencent à courir partout,
à donner des coups de pieds dans les étals et à les
retourner, et nous on n'était que deux et on savait pas quoi faire
et elles ont commencé à devenir vraiment violentes, à
cracher sur les Arabes, sur les vieilles personnes. Il y a avait là
Mohammad qui ne faisait rien, il était juste assis là, il
ne faisait vraiment rien, et elles lui sont tombées dessus et ont
commencé à lui donner des coups de pieds, à lui cracher
dessus et à lui hurler de partir. Je me souviens qu'à un
moment une des femmes a pris une pierre et a cassé la vitrine du
salon de coiffure qui se trouvait là. Juste comme ça, elle
l'a cassé. Un homme en sort, et je me retrouve, d'un côté
à essayer de lui arracher sa pierre afin qu'elle ne casse plus
d'autre vitrine, et de l'autre à la défendre pour qu'elle
ne se fasse pas tabasser. Et tout à coup je me retrouve face à
ce Palestinien […] je regarde, et je vois une baraque d'au moins
2 mètres et moi juste 1.63 mètres face à lui et tout
ce qu'il a à faire c'est m'envoyer une beigne pour me foutre à
terre, mais bien sûr il ne va pas le faire parce que je suis armé
et il sait parfaitement qu'il va s'en prendre une s'il fait ça.
Donc d'un côté vous vous dites merde je suis supposé
de protéger les Juifs ici. De l'autre côté ces Juifs
n'agissent pas du tout avec la morale et les valeurs qui m'ont été
enseignées. A Hébron je me suis retrouvé à
un point où je ne savais plus qui était l'ennemi, si c'était
les Juif qui devenaient dingues et je devais en protéger les Arabes,
ou alors si je devais protéger les Juifs des Arabes qui sont supposés
être les agresseurs.
• Il y a plusieurs choses qui me restent. Une d'entre elles, je
pense que ma définition du fait d'être Juif a un peu changé.
Avant je pensais que celui qui se définit comme Juif est Juif,
ça me suffisait. Aujourd'hui je n'en suis plus si certain. Après
que j'ai vu des Juifs qui… je ne sais même pas si ma définition
des Juifs est même différente à cause de… ce
sont aussi des êtres humains, mais ils n'agissent pas comme…
des Juifs qui ont vécu un holocauste, eux-même ne l'ont pas
vécu bien sûr, mais je suis certain que certains d'entre
eux descendent de survivants de l'Holocauste. S'ils sont capables d'écrire
sur les portes des Arabes "Arabes dehors" ou bien "Mort
aux Arabes", et de dessiner à côté une étoile
de David, qui pour moi ressemble à une swastika quand ils la dessinent
comme ça, alors oui d'un certaine manière le terme Juif
a un peu changé par rapport à qui est Juif. Ça c'est
un truc. Un autre truc qui m'est resté de Hébron? J'ai l'impression
que je suis peut-être revenu un peu blessé, je sais pas.
Pas physiquement non, émotionnellement.
• Un jour que j'étais à *** à Hébron,
un homme arrive au passage près de notre poste accompagné
de quelques femmes et de jeunes enfants. Le passage mène à
la Casbah et il était interdit de passer. Je me souviens toujours
de cet homme comme du chef de famille, sans savoir si les femmes étaient
ses épouses, ses soeurs ou quoi. Il mène son clan vers toi
et toi tu t'avances et lui dis en Arabe: "Waqif, mamnu` tajawul,
ruh `al beit" [Stop, c'est couvre feu, rentrez chez vous]. Et alors
il se met à discuter. Ils discutent pratiquement toujours. Allez,
foutez le camp d'ici, il n'y a rien à faire. Je n'aime pas faire
ça, mais ça suffit, rentrez chez vous. Et tu discutes, tu
discutes, et lui s'enhardit de plus en plus, comme s'il pensait qu'il
pourrait l'emporter en fin de compte. Il n'essaie pas de le faire à
l'hypocrite, il pense réellement que d'une manière ou d'une
autre il est dans son droit. Et ça te perturbe. Tu te rappelles
qu'en fait, tu es plutôt en sa faveur, et que tu aimerais bien le
laisser passer, mais tu n'es pas supposé le faire, et comment ose-t-il
te faire face ainsi, si fièrement … et la discussion n'en
finit pas.
Finalement, la patrouille arrive, et d'une discussion
entre 2 soldats et 10 personnes, ça devient une discussion entre
10 soldats et 10 personnes, et avec un officier qui, bien entendu, est
bien moins enclin à laisser aller les choses. En bref, les crans
de sécurité sont enlevés et les armes braquées,
pas directement vers lui, mais dans la direction de ses jambes. "Fous
le camp d'ici, assez de bavardage". C'était moi qui étais
le plus proche de lui, entre 1 et 2 mètres. Il était bien
habillé, avec un costume et un keffieh, il avait l'air vraiment
respectable. Et moi je me retrouve là avec mon arme comme ça,
en direction de sa poitrine, en train d'essayer de me protéger,
de me défendre. Je sais pas, maintenant j'avais peur qu'il tente
quelque chose. Et vraiment, l'atmosphère est tendue, plus que d'habitude.
Et il gonfle sa poitrine, ses poings sont serrés. Et moi je …
mon doigt bouge vers le cran de sécurité, et là je
vois que ses yeux sont remplis de larmes, et il dit quelque chose en arabe,
tourne les talons et s'en va. Et son clan le suit.
Je ne sais pas vraiment pourquoi cet incident en particulier
s'est gravé dans ma mémoire sur toutes les fois où
j'ai dit à des gens de filer pendant un couvre feu, mais il y avait
quelque chose de si noble chez lui, et je me suis senti comme une merde.
Du style, qu'est-ce que je fous ici ?
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Incursions
et démolitions
• De
jour comme de nuit, suivant notre envie, on choisissait un maison sur
la carte en fonction de la position de notre compagnie à ce moment-là.
Juste comme on a envie, on en choisi une " Jaysh, jaysh… iftah
al bab" [armée, armée, ouvrez la porte] et ils ouvrent
la porte. On met tous les hommes dans une pièce, toutes les femmes
dans une autre et on les laisse sous surveillance. Le reste de l'unité
fait comme il lui plaît, sauf détruire le mobilier - cela
va sans dire - sans rien voler, en causant aussi peu de dommage possible
aux gens.
Si j'essaie d'imaginer la situation inverse … si
on entrait dans ma maison, pas la police avec un mandat, mais une unité
de soldats, s'ils faisaient irruption dans ma maison, poussaient ma mère
et ma petite sœur dans ma chambre, et nous forçaient mon père,
mon petit frère et moi dans le living room, leurs fusils braqués
sur nous, en train de rire, de sourire et nous ne comprendrions pas toujours
que qu'ils disent pendant qu'ils vident les tiroirs et fouillent dans
nos affaires. Oups, c'est tombé par terre, c'est cassé …
toutes ces photos, de ma grand-mère et de mon grand-père
… toutes ces choses sentimentales que ne voulez pas que quelqu'un
d'autre regarde, cette intimité que personne n'a le droit de violer.
Votre maison vous appartient.
Il n'y a aucune justification pour ça, ça
ne devrait pas arriver. S'il y avait des soupçons qu'un terroriste
est dans la maison, OK, alors on doit le faire. Mais entrer dans une maison,
n'importe quelle maison: tiens on en choisit une, comme c'est amusant,
il y a un numéro dessus en chiffres arabes que j'arrive pas à
lire. J'ai envie d'entrer dans celle-là. On entre, on fouille,
on cause un peu d'injustice, on a certainement démontré
notre présence militaire … et puis on s'en va ailleurs.
• C'etait après un attentat à Jérusalem et
il avait été décidé de lancer une opération
de grande envergure, à laquelle je pris part, dans les environs
de Jénine. Pendant cette opération, nous pénétrâmes
un camp de réfugiés afin de procéder à plusieurs
arrestations et des interrogateurs vinrent nous rejoindre. Un des suspects
à arrêter était un jeune Palestinien suspecté
d'être membre d'une organisation terroriste. Il n'était pas
chez lui, mais sa famille y était, y compris ses parents et plusieurs
de ses frères. Après avoir fouillé la maison, ils
(les interrogateurs) commencèrent à interroger le père,
un homme de plus de 60 ans je pense. Pendant l'interrogatoire, qui se
passait en présence de toute la famille, il a été
menacé avec une arme, engueulé et aussi battu sauvagement.
Je me souviens qu'un des types l'a attrapé par le cou et l'a cogné
contre le mur, tout ça sous les yeux des ses enfants qui, bien
entendu, ne pouvaient pas le défendre. Après ça il
a été battu assez longtemps et quand ils en ont eu fini
avec lui, ils s'en prirent aux enfants et se mirent à interroger
certains des fils de la même manière.
• Nous étions en pleine opération de fouille de maisons
dans le camp de réfugiés, quand nous sommes entrés
dans une des maisons, avons parqué la famille dans une des pièces
(selon la procédure) et avons commencé à fouiller
la maison. Quand nous étions entrés, la famille était
occupée à regarder la finale de la coupe du monde de football
à la télévision, et celle-ci était toujours
allumée. Nous fûmes tentés et nous assirent pour regarder
le match. Peu à peu, tout le monde (toute la division) vint nous
rejoindre, tous attroupés devant la télé - y compris
le vice-commandant du peloton. Pendant ce temps, la famille attendait
dans la pièce où nous les avions mis un peu plus tôt.
• Durant l'opération "Homat Magen",
notre unité finit par se retrouver à loger dans plusieurs
maisons de Palestiniens dont les habitants avaient été temporairement
déplacés. Au départ, nous avions bien l'intention
de ne rien détruire ou abîmer, mais après 2 ou 3 jours
les soldats ont commencés à s'installer sur les canapés
pour regarder la télé, des meubles ont été
démoli, certains utilisaient des serviettes de bain comme papier
toilette, d'autres se sont mis à utiliser les PC qui étaient
sur place. Il est impossible de désigner une maison en particulier
parce que cela s'est passé ainsi dans toutes.
• Nous sommes entré dans le village de Beit Rimah pour procéder
à des arrestations et démolir les maisons de ceux qui dirigeaient
des activités terroristes. Après les arrestations, nous
avons traversé le village en transports de troupes blindés
accompagnés par une unité de tanks Merkavah. Les rues étroites
étaient encombrées de voitures et sur les ordres du commandant
de régiment, nous avons roulé par-dessus les voitures. Plusieurs
voitures ont été démolies. (Inutile de le dire: personne
n'a été dédommagé.) Nous avons évacué
les habitants des maisons [désignées pour la démolition].
On employait toujours des dizaines de kilos d'explosif de plus que nécessaire.
Un chien est resté enfermé dans une des maison et a été
pulvérisé. La même explosion a causé un trou
de 2 mètres de large dans la maison d'à côté.
• En réaction (exceptionelle) à des jets de pierres
au niveau de la route de Beitar (à?) Ezion, la brigade Ezion prit
la décision de démolir une maison qui avait été
étendue sans autorisation. Les ordres étaient de ne démolir
que l'extension illégale. Bien entendu, toute la maison a été
endommagée et presque détruite. Pendant l'évacuation
des habitants - ils ont été évacué par la
force, arrêtés et menottés parce qu' "ils avaient
refusé de sortir de leur plein gré et désobéi
à l'ordre d'évacuation" – le chauffeur personnel
du commandant de brigade frappa un jeune homme au visage, lequel était
déjà en état d'arrêt et les mains menottées
dans le dos. Quand je tentai de l'en empêcher, une dispute éclata
entre nous. La dispute fut stoppée par le vice-commandant du 932ème
bataillon, capitaine ***, qui jugea que j'avais réagi de manière
exagérée.
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Pour
s’occuper
• Huit
heures de garde, c'est dur, vraiment dur, on s'ennuie. J'étais
avec *** et ***, tous les trois au poste. C'était samedi et le
commandant de la compagnie n'était pas là, alors on se sentait
plus libre, on savait qu'on allait pas se faire inspecter. Notre commandant
adjoint était là ce samedi-là, et nous on s'emmerdait
vraiment terriblement. Et on a commencé à discuter, à
raconter nos batailles, qui avait déjà lancé une
grenade phosphorescente, qui pas, qui avait employé du gaz lacrymogène,
qui avait déjà tiré, … ce genre de trucs.,
et on s'est rendu compte que *** n'avait jamais lancé de grenade
phosphorescente. On a donc décidé de mettre en scène
un incident, afin de pouvoir en lancer une. On a cassé un verre,
rapporté qu'une bouteille vide avait été lancée
sur nous et demandé la permission de lancer une grenade phosphorescente.
Le commandant est venu, a examiné la scène et a dit que
c'était inutile. Il a fait vérifier l'endroit où
on avait dit qu'il y avait des gamins et bien sûr il n'y en avait
pas. Le commandant est reparti et nous on râlait parce qu'on n'avait
pas pu lancer la grenade et qu'on s'emmerdait toujours autant. Tout ça
nous avait fait passer 5 minutes, mais on avait encore dans les 4 heures,
4 heures et demie à tirer, on était qu'à la moitié
du tour de garde, et on s'est dit qu'on allait tout de même lancer
cette grenade, parce qu'on s'emmerdait vraiment et qu'on voulait faire
quelque chose. On l'a fait et cette fois on n'a pas demandé l'autorisation,
*** l'a juste lancée. C'est pas que j'essaie de rejeter le blâme
sur lui, on était là tous les 3, et je lui ai donné
la grenade et lui ai montré comment la lancer, et voilà,
il a lancé la grenade phosphorescente vers un groupe de gosses
qui étaient assez loin, mais ils ont eu peur et se sont enfuis.
• J'avais un copain qui avait une arme équipée d'un
lanceur de grenade, et tout ceux qui ont un tel lanceur reçoivent
des munitions pour disperser les manifestations. [Et il] avait tout un
tas de grenades lacrymogènes, et il adorait les lancer. Il en volait
même aux autres gars équipés comme lui, et il les
utilisait dès qu'il était de garde. Il les lançait
carrément sur des groupes de gens occupés simplement à
discuter, les voir s'encourir en toussant ça l'excitait.
Q:
Comment les autres gars de son unité réagissaient à
ça ?
Je sais pas, même les types qui n'aimaient pas ça
ne disaient rien ou bien… je sais pas, tout le monde trouvait ça
normal.
• Le
carrefour était plein de monde et d'étals de marché.
Une jeep de la police des frontières fit irruption, l'officier
et un soldat en sortirent pendant que le conducteur restait à l'intérieur.
L'officier et le soldat prirent 20 Palestiniens au hasard, les alignèrent
au milieu de la rue et les y gardèrent pendant une heure sous le
soleil sans les laisser bouger. Quand je m'approchai pour demander à
l'officier la raison de tout cela, il me répondit: "Oh tu
sais, c'est juste pour s'amuser.". A la fin, ils les giflèrent
puis les laissèrent partir.
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En
guise d’exemple
• Durant
une patrouille dans un quartier dont nous soupçonnions qu'il y
avait eu des tirs le jour précédant, des pierres furent
lancées du haut d'un toit sur une des jeeps. Nous étions
près de la mosquée et c'était l'heure de la prière.
Après une courte course-poursuite infructueuse, 2 enfants palestiniens
furent capturés [au hasard] dans une allée (l'un d'eux avait
dans les 11 ans). Ils furent jetés dans une jeep blindée
et la patrouille vint s'arrêter devant la mosquée. Le commandant
de brigade et 2 soldats en sortirent et montrèrent leurs "prisonniers",
menottés et les yeux bandés. Le commandant de brigade menaça
le villageois qui étaient dans la mosquée et leur dit que
ce genre de chose arriverait tous les jours si le soulèvement continuait.
Les "prisonniers" furent détenus 7 heures au poste du
quartier général de la brigade, puis ils furent relâchés
à 4 heures de marche de leur maison.
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