Interview de Uri ZAKI,

Réalisée le 30 mars 2006
Par David Chalude


J’ai été très heureux de découvrir qu’un grand mouvement de soutien au camp
de la paix israélien tel que Dor Hashalom existe en Belgique. En tant qu’organisation sœur,
je souhaite vous dire « Ichal be Koah » pour votre important soutien.


Aux élections législatives israéliennes du 28 mars 2006, le parti laïc de gauche Meretz-Yachad a récolté cinq sièges. Comment ce résultat a-t-il été reçu au sein du parti ? Pour le savoir, nous nous adressons à Uri Zaki, Président de l’organisation des Jeunes du Meretz-Yahadet lui-même candidat aux urnes. Uri Zaki a également joué un rôle important dans l’organisation de la campagne électorale. Dor Hashalom s’entretient avec lui deux jours après les élections.

Quels sont vos premières impressions de la campagne et des résultats ?

En ce qui concerne la campagne du Meretz, je ne peux pas dire que je sois ravi des résultats. Mais maintenant que nous avons les chiffres définitifs, je suis soulagé que nous ayons cinq sièges plutôt quatre ?le résultat final se jouant sur le comptage des derniers votes, ndlr?. Et étant donnée la vague de changement sur la carte politique israélienne, un parti qui ne perd qu’un siège par rapport aux dernières élections, ce n’est pas un échec. Surtout quand on tient compte des problèmes d’organisation et de positionnement du parti.

En ce qui concerne les résultats des élections dans leur ensemble, je suis à la fois content et insatisfait.
Je suis heureux parce que pour la première fois, avec ce bouleversement politique dont Kadima ressort avec 29 sièges et nous avec 5 sièges, il y a une majorité ou du moins un soutien de plus de 61% des Israéliens au plan d’évacuation de la majorité de la Cisjordanie. C’est la première fois depuis 1967 qu’il y a une large majorité de plus de 70 membres de la Knesset qui soutient une évacuation de territoires occupés. Et je suis satisfait de l’effondrement du Likoud.

De nombreux journalistes envoyés en Israël pour commenter les élections nous ont renvoyé l’image d’une campagne plutôt morne. Quel est votre sentiment sur l’attitude des Israéliens pendant la campagne ?

D’abord on voit que les résultats ne sont pas ceux que l’on attendait, je crois que l’Israélien type est très cynique à propos de tout, y compris de la politique. Quant aux médias, au lieu de jouer un rôle d’éducateur et de prendre leurs responsabilités, ils ont reflété ce cynisme et amplifié cette tendance. Les médias et les politiciens doivent prendre du recul par rapport à leur place dans la démocratie israélienne.

Quelle est votre opinion sur l’ingérence des Etats-unis dans la résolution du conflit entre Israël et les Palestiniens ?

Le rôle des Etats-unis est essentiel pour arrêter le conflit entre Israël et les pays arabes et celui entre les Israéliens et les Palestiniens. Je crois que le bain de sang de ces cinq dernières années est en partie la conséquence de la politique de laissez-faire de l’administration Bush. Cette politique est mauvaise : avec leur rôle d’unique superpuissance mondiale, les USA devraient s’investir à fond et essayer de résoudre ce conflit qui a des effets sur le reste de la planète. C’est une blessure ouverte qui doit être soignée.

Revenons-en à la campagne : est-ce que Kadima peut apporter une solution à long terme à la résolution de ce conflit ?

De façon courageuse, Ehud Olmert a fait ce que personne n’avait fait jusqu'à présent en exposant son plan avant les élections. Nous nous étions habitués à Ariel Sharon et ses paroles vagues. Là, Ehud Olmert a parlé d’une importante évacuation de la majorité de la Cisjordanie. Je ne suis pas sûr que tous les points de son plan soient réalistes, mais de façon générale, je crois qu’avec plus de 61 membres de la Knesset soutenant sa coalition et avec le soutien de certains membres arabes de la Knesset, Ehud Olmert peut mener à bien son plan. Le Meretz, les travaillistes et d’autres partis de la Knesset devraient l’aider à résoudre cette situation démente en Cisjordanie.

Quels sont les points du plan d’Olmert qui ne vous semblent pas réalistes ?

Je crois qu’il ne serait pas réaliste de sa part d’insister sur l’idée de conserver la Vallée du Jourdain sous occupation militaire israélienne. Toute solution qui n’aurait pas pour point de départ la frontière de 1967 ne serait pas réaliste. Il est inconcevable de maintenir des positions telles qu’Ariel au milieu de la Cisjordanie. Si nous arrivions à un accord, nous pourrions avoir un no man’s land entre nous comme proposé par les accords de Genève et d’autres propositions.

Quelles seront les conditions d’une participation du Meretz à une coalition gouvernementale ?

Je dois dire qu’à la vue des résultats des travaillistes et du Meretz et vus les résultats de Kadima, nous devons joindre nos forces pour les négociations. Avec nos 25 sièges face aux 29 de Kadima, nous devons promouvoir les points qui nous tiennent à coeur : la justice sociale, le processus de paix. Aujourd’hui, j’ai fait une déclaration conjointe avec mon collègue travailliste Eyad Hemoni et ensemble nous avons demandé que nos partis joignent leurs forces dans les négociations en vue d’une coalition.

En avril 2005, vous avez mené une action contre l’université hébraïque de Jérusalem qui pratiquait la discrimination entre Juifs et Arabes au sein de ses installations sportives. Pourriez-vous nous en dire plus?

Un journaliste de la Chaîne 10 a fait un reportage en caméra cachée qui montrait que contrairement aux Juifs, les Arabes qui ne sont pas étudiants de l’Université hébraïque de Jérusalem ne peuvent pas accéder aux infrastructures sportives. En tant que mouvement qui soutient l’égalité, nous sommes évidemment venus manifester contre ce phénomène raciste. Nous avons aussi soumis une pétition aux étudiants de l’Université hébraïque de Jérusalem. Depuis cet événement, je n’ai pas entendu parler d’Arabes ayant rencontré des problèmes pour accéder à ce centre sportif.

La discrimination des Arabes est-elle courante en Israël? Comment se positionne le Meretz face à ce type de problèmes ?

Une véritable politique de discrimination envers les Arabes n’existe pas en Israël. La discrimination contre les Arabes existe de manière indirecte, par exemple au niveau des investissements dans les infrastructures de villages arabes et des positions gouvernementales. Mais il existe aussi des a priori entre Juifs et Arabes, et personne ne peut ignorer certaines hostilités.

En tant que chef du groupe de réflexion sur la campagne du Meretz, si vous pouviez retourner en arrière, que changeriez-vous?

Je tiens à préciser que je n’étais pas organisateur de la campagne. L’organisation elle-même a été commandée à une firme privée. Cela dit, le problème n’est pas la campagne. Le Meretz devrait prendre du recul et se poser des questions sur sa structure organisationnelle et la cohérence de sa position. Être le parti progressiste d’Israël est une tâche difficile. Il y a du conservatisme au sein du Meretz. Il faudrait s’engager maintenant dans un processus de changement radical pour atteindre la jeune génération, que je représente au sein du parti.

Et que veut cette génération en comparaison à l’ancienne?

Ma génération est moins militante et plus individualiste que celle d’il y a vingt ans, mais elle est très bien informée et son indifférence peut être combattue. Cela demande de nouvelles personnes, un nouveau langage et de nouveaux outils. Pour réveiller cette génération, il faut mettre les idées clairement sur le tapis.

 

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