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Yaron Ezrahi a obtenu le National Jewish Book Award en 1997 pour son ouvrage “Rubber Bullets, Power and Conscience in Modern Israel”. Cet ouvrage est une réflexion sur l'évolution de l'ethos collectiviste sioniste vers l'individualisme contemporain. L’auteur y analyse entre autres les conséquences sur la jeunesse du service militaire obligatoire et de la menace du terrorisme. Professeur Ezrahi, ces élections ont connu le taux de participation le plus faible de toute l’histoire d’Israël. Comment expliquez-vous cette apathie chez les électeurs israéliens ? Comparée aux dernières élections, la différence est seulement de cinq pourcent. Je ne lui accorde pas tant d’importance. À mon avis, cela représente deux choses : d’une part un déclin généralisé du taux de participation dans les démocraties occidentales, et d’autre part l’effet des trop nombreux cas de corruption au sein du gouvernement israélien, qui ont contribué à une certaine indifférence. Néanmoins, je ne vois pas cela comme une tendance majeure, ni comme un phénomène irréversible. En tant que professeur d’université, percevez-vous également cette tendance générale dans le milieu étudiant ? Je n’y ai pas particulièrement prêté d’attention. Cependant, il semblerait qu’il y ait davantage d’apathie chez les jeunes. Cela est dû au système d’enseignement israélien qui n’a pas été en mesure de promouvoir une éducation démocratique et civique. Espérons que cela s’améliore avec le nouveau gouvernement. En tout cas, sous le gouvernement qui était majoritairement de droite, l’éducation était au nationalisme, pas à la citoyenneté. Cela a sans aucun doute contribué à la situation actuelle. Quelle a été l’influence sur les résultats des élections des clivages socioculturels de la société israélienne (entre électeurs arabes et juifs, ashkénazes et sépharades, expansionnistes et pacifistes, russes et non-russes)? En ce qui
concerne les Juifs ashkénazes et sépharades, je n’ai
pas vu une grande différence. La seule question était de
savoir si des Juifs ashkénazes ou sépharades voteraient
pour un premier ministre marocain. Il y avait un débat en ce qui
concernait le soutien à Peretz, le chef du parti travailliste.
En fait, certains ont quitté le Parti travailliste parce qu’ils
ne voulaient pas voter pour un dirigeant syndicaliste, d’autant
plus que son style de leadership et sa manière de s’exprimer
bruyamment ne sont pas très européens. Ceci a dérangé
certains juifs ashkénazes, mais aussi des juifs orientaux, qui
ont quitté le parti. En effet, il y a une certaine tendance parmi
les juifs orientaux à voter pour des Premiers ministres polonais
ou pour des anciens généraux. Cependant, cette tendance
n’est pas très largement répandue. Pour ce qui est de la question de la résolution du conflit israélo-palestinien, le résultat majeur de ces élections est le fait que le public israélien – ou du moins la plupart des adhérants du Meretz et de Kadima -, ait accepté l’idée que les implantations sont dans l’ensemble un fardeau insupportable. Et ce autant pour la sécurité que pour que pour l'économie sociale et la position d'Israël au sein de la Communauté internationale. Cette constatation, le futur Premier ministre Olmert l’a d’ailleurs soulignée ce 5 avril. Ces élections ont donc été un référendum sur les implantations, et le résultat a été un refus clair et net de leur maintien, et la volonté d’en démanteler la plupart. Ceci constitue un changement historique dans l’attitude des électeurs israéliens. Le démantèlement est donc le mandat principal de ce gouvernement. Le deuxième grand résultat de ces élections
porte sur la justice sociale: pour la première fois en quarante
ou quarante-cinq ans, ce thème est devenu central, tout autant
que la question de la sécurité et du conflit israélo-palestinien. Un changement fondamental s’est produit dans la classe politique : il n’y a plus de héros militaires qui dominent la scène. À présent, nous assistons à une certaine normalisation de la scène politique avec l’arrivée d’une génération de civils plus jeunes. Comment les Israéliens perçoivent-ils ce virage ? Il s’agit d’un nouveau choix. La nouvelle
génération composée notamment de Olmert, Netanyahou
et Peretz démontre que les dirigeants militaires comme Barak ne
doivent pas trouver de relève. Aucun des trois n’a été
général ou chef d'état-major. La victoire du Hamas n’a pas vraiment influencé la campagne électorale… Les Israéliens ne considèrent pas que la partie adverse soit prête pour des négociations. Abu Mazen est considéré comme trop faible, et le Hamas comme belligérant. Cela ne change donc pas la donne pour l’instant ; les choses pourraient changer dans le futur. Que
pensez-vous du score important du Parti des pensionnés? Comment prévoyez-vous la politique de l’enseignement, avec un gouvernement de coalition Kadima - Travaillistes ? Et quelle est votre analyse personnelle quant aux réformes qui doivent être entreprises ? On verra bien ce qui arrivera quant à l’enseignement…
Le Ministère de l’enseignement a été désastreux
pendant ces dernières années à cause de Limor Livnat.
Je ne pense pas qu’elle ait un diplôme, je ne sais pas si
elle a fini l’école secondaire… Mais en tout cas elle
n’a pas étudié à l’université
et elle a été un désastre pour le système
d’enseignement qui a perturbé le fonctionnement d’importantes
institutions traditionnelles. Pensez-vous que la future coalition entre Kadima et les Travaillistes sera stable ? Le fait qu’Olmert soit plus faible que Sharon rendra la coalition moins stable, mais ce sera une coalition avec une majorité solide. Ils ne mèneront pas toutes les réformes voulues par Peretz, mais ils en mèneront tout de même assez pour qu’il puisse dire qu’il a imposé sa marque. Ce sera suffisant pour qu’il veuille rester au gouvernement.
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