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La
rédaction de Dor Hashalom a eu l’opportunité de s’entretenir
avec une personnalité palestinienne de taille : le Professeur
Hannan Ashrawi, qui lors de ces élections se présenta
au sein d’une liste indépendante, «La Troisième
Voie». Elle a ainsi été réélue au Conseil
législatif palestinien, son parti ayant obtenu deux des 132 sièges. Fondatrice du département de langue et littérature
anglaise à l’université de Bir Zeit en 1973, Hannan
Ashrawi mène de pair des responsabilités académiques
et un activisme politique, qu’elle perçoit très tôt
comme intimement liés. Alors que l’université de Bir
Zeit connaît des périodes prolongées de fermetures
imposées par l’armée israélienne, elle crée
le « Comité d’aide légale et le programme d’action
pour les droits de l’homme de Bir Zeit ». En 1996, Madame Ashrawi est nommée Ministre de l’Education et de la Recherche, poste dont elle démissionnera deux ans plus tard, pour protester contre la corruption politique au sein du Fatah. Elle fonde alors MIFTAH, qui œuvre pour le respect des droits de l’homme, de la démocratie et de la paix. Au sein de Miftah, Hannan Ashrawi milite contre l’occupation israélienne, à partir d’un travail se centrant sur des préoccupations humanitaires d’avantage qu’idéologiques ou historiques. Proche de l’héritage intellectuel d’Edward Saïd, Mme Ashrawi a également publié de nombreux ouvrages consacrés à la littérature, la politique et la culture palestinienne. Elle est également poète.
Nous avons été très déçus par notre score électoral. En revanche, comparé à celui de partis bien plus établis, nos résultats sont considérés comme bons sur le plan de l’action militante : nous n’avions qu’un mois pour faire campagne et nous avons obtenu deux sièges. Nous avons conçu un programme pragmatique, liant la réforme politique au processus de paix. Ce qui distingue la « Troisième voie », c’est que notre courant est composé de personnalités qui sont engagées dans des programmes de réformes institutionnelles depuis longtemps. Notre parti est composé de personnes crédibles, voulant contribuer à une société pluraliste et ouverte. Hélas nous n’avons pas obtenu les sièges qui nous espérions, étant donné l’ambiance politique palestinienne extrêmement polarisée. Cependant, les résultats des élections reflètent
un besoin réel et distinct parmi les Palestiniens. Le Hamas a beaucoup
bénéficié de votes de protestation, car le peuple
était en colère contre le Fatah et qu’il voulait lui
donner une leçon. Beaucoup nous ont dit : « vous êtes
très gentils, éduqués et polis, mais ce dont nous
avons besoin, c’est quelqu’un de fort, capable de se soulever
contre le Fatah et de lui donner un bon coup ». Ils ont donc choisi
le Hamas. Il y a eu de nombreux appels pour une réforme au sein même de Fatah ; quelles sont vos attentes à cet égard? Je crois que le Fatah doit très sérieusement reconsidérer ses actes. Il doit se réformer de façon très rigoureuse: il doit s’institutionnaliser et développer un système de responsabilité pour les personnes qui ont abusé de leurs positions et qui ont détourné les fonds publics; il doit également entamer un processus de démocratisation afin d’être un parti composé de personnes crédibles. Si le Fatah ne se démocratise pas, ne s’institutionnalise pas ou ne développe de système de responsabilité, je pense qu’il va s’effondrer. En ce moment il a une opportunité à saisir. Le Fatah doit dépasser une mentalité centrée sur l’intérêt personnel, la recherche de richesses, d’avantages et de privilèges, et bien sûr de l’embrassement de toutes les positions. Maintenant il doit être capable d’agir de manière à devenir un parti moderne, totalement transparent et compétent. Il doit également créer des liens avec la population dans son ensemble, afin de gagner le soutien populaire. C’est ce que le Hamas a réussi à faire. Si le Fatah rentre au gouvernement, je crains qu’il ne s’affaiblisse; s’il reste en dehors du gouvernement, il devra consacrer son temps et son énergie pour effectuer ce genre de réforme. Le Hamas était le parti avec le plus grand nombre de femmes sur ses listes. Que pensez-vous du rôle qu’elles ont joué durant cette campagne? Etre une femme ne garantit pas automatiquement une approche féministe, ni une sensibilité aux droits de la femmes. A cause du système des quotas, il était impératif d’avoir des femmes sur les listes: une femme parmi les trois premiers noms, une autre parmi les quatre suivants, une autre parmi les cinq suivants... dans le but d’atteindre un minimum de 20%, ce qui par ailleurs n’a malheureusement pas été atteint. Sur notre liste, nous en avions 30%. Mais si l’on regarde les résultats finaux, on constate que nous n’avons pas 20% de femmes au conseil, car toutes les listes n’ont pas réussi à faire élire les candidates féminines. Les femmes du Hamas sont un groupe différent, et nous n’avons pas spécialement eu à traiter avec elles. Elles ont une approche islamiste des droits de l’homme, nous une approche sécularisée des droits de la femme. Nous essayerons d’établir un dialogue avec elles, mais cela ne veut pas dire que nous trouverons un terrain d’entente. Je travaille au sein du mouvement des femmes depuis longtemps. En Palestine, nous avons un mouvement féministe actif, démocratique et éclairé. Nous nous voyons comme partie intégrante du monde contemporain, et créons en tant que tels des liens avec le reste du monde. Les femmes de la mouvance du Hamas se sont organisées de manière interne. La base de leur travail a toujours été de servir la communauté, ce pour quoi elles ont été si décisives pendant les élections. Je ne traite absolument pas avec les gens sur la base de leur religion, pour moi ce n’est pas la question: ce qui compte ce sont les principes des gens, leurs idées et leurs programmes. Nous essayerons de trouver avec elles un terrain d’entente, mais j’en doute. Quelle influence le Hamas aura-t-il selon vous sur l’évolution de la société civile palestinienne dans un futur proche? Je pense que la société civile palestinienne est composée de deux sortes d’institutions et d’organisations. D’une part celles qui sont démocratiques et laïques, et d’autre part celles qui sont d’avantage liées au Hamas, se chargeant du volontariat et de l’aide à la population. Les institutions laïques et démocratiques n’ont très clairement pas autant influencé la population que les institutions du Hamas. Pendant que nous travaillions sur des « abstractions », sensibilisant et traitant de formation et d’éducation, ils se sont occupés de la base, par le biais de l’organisation populaire et en pourvoyant un soutien social et financier. La société civile fait face à un réel défi: va-t-elle être islamisée ? Les acteurs de la démocratie laïque changeront-ils leurs méthodes, afin d’atteindre la base populaire et d’être plus efficaces ? Nous menons actuellement un dialogue en ce sens. C’est la tactique d’approche qui fait défaut, et non les principes et l’idéologie. Le Hamas serait-il prêt à agir pragmatiquement, à faire des concessions? Pourrait-il devenir un interlocuteur pour Israël et la communauté internationale ? Cela reste à voir. Tout le monde parle du Hamas ne reconnaissant ni Israël ni le processus de paix. Mais à partir du moment où il n’y pas de processus de paix, ni de négociation, on ne peut exiger du Hamas d’en faire partie, ni de reconnaître les accords. De plus, Israël n’a honoré aucun des accords… Ainsi, demander au Hamas de les honorer à lui seul n’est pas possible. Car Israël s’est comporté en tant qu’occupant, de façon unilatérale et violente, et c’est cela aussi qui a contribué à la popularité du Hamas. Continuer de la sorte sera source d’un plus grand soutien encore au Hamas. Ce qu’il faut, c’est un processus de paix viable pour que l’on puisse demander au Hamas si devant celui-ci il est prêt à reconnaître tous les accords, et à en faire partie. Qu’on le veuille ou non, le Hamas a été élu légitimement. Nous ne sommes pas d’accord avec les principes de base du Hamas, mais on ne peut mettre en doute sa légitimité, car malgré les circonstances difficiles, il a été élu. Je pense que le Hamas sera très flexible sur les questions politiques, et il est d’ailleurs déjà en train d’ébruiter la possibilité d’un cessez-le-feu à long terme, d’une reconnaissance des accords et d’un rapprochement avec le reste du monde, de façon à ne pas être isolé. À mon avis l’action du Hamas se centrera d’avantage sur son programme social, culturel, éducatif et législatif, dans l’intention de changer et de transformer l’éthos collectif, la nature de la société et de la culture palestinienne. Quelle est selon votre analyse la position que la communauté internationale devrait prendre vis-à-vis du Hamas? Ce serait une erreur de punir le peuple palestinien pour avoir élu le Hamas. Il n’y a pas de raison pour cela, et ce serait hypocrite. Toute la communauté internationale a demandé qu’il y ait des élections, et à présent elle refuse d’en accepter le résultat. S’il y a un effondrement des institutions, les effets ne se limiteront pas à la Palestine. Il y aura de la violence, elle débordera sur Israël, et toute la région s’en trouvera déstabilisée. Si l’Autorité Palestinienne s’écroule, Israël devra dès lors assumer ses responsabilités en tant que puissance occupante, et tel n’est pas son désir. Si les fonds sont coupés et que le peuple palestinien a faim, cela ne fera qu’amplifier l’emprise du Hamas, avec des effets préjudiciables pour toute la région. Faut-il comprendre que vous envisagez pour la période à venir un scénario dans lequel le Hamas va se centrer essentiellement sur son programme social, laissant ainsi complètement stagner, voire peut-être même régresser le processus de paix? Mais il n’y a pas de processus de paix! Qui parle de processus de paix? Les négociations ont été suspendues, ni les Américains, ni le quartet n’ont produit quelque chose en ce sens… Le Hamas s’est concentré sur son programme de réforme interne et non politique, car il dit, à juste titre, que cela concerne l’OLP et qu’il évitera toute relation avec Israël. Cependant, cela ne peut durer indéfiniment. La seule solution est de mener des négociations, et d’envoyer alors clairement le message au Hamas: allez vous en faire partie, oui ou non ? Mais, même dans ce cas, selon la constitution, l’instance qui est responsable des négociations et de relations internationales, c’est le Fatah de Mahmoud Abbas. Et il est en faveur du processus de négociation, son agenda est très clair à ce sujet : réforme et non-violence. Le Hamas n’est pas appelé à mener une action de cette nature; je pense qu’il se centrera d’avantage sur des questions d’ordre intérieur. Et ces questions d’ordre intérieur seront très décisives, car se le Hamas tente de modifier les fondements de la société palestinienne, cela pourrait entrainer une regression majeure.
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