Amira Hass, fille de survivants de la shoah, est née à Jérusalem en 1956. Après des études d’histoire à l’université hébraïque de Jérusalem et à l’université de Tel-Aviv, elle a exercé dans l’enseignement avant de rejoindre l’équipe d’Haaretz en 1989. En 2003, elle reçoit le prix de la liberté de la presse de l’Unesco. Après la signature des accords d’Oslo en 1993, Amira Hass s’est installée de façon permanente à Gaza, où elle écrivit son livre, "Boire la Mer à Gaza". Correspondante d’Haaretz pour les affaires palestiniennes, Amira Hass couvre maintenant la Cisjordanie depuis Ramallah, où elle est installée depuis janvier 1997.

Ce premier livre était déjà une critique sévère de la politique israélienne. Elle dénonçait la misère à Gaza, ainsi que les difficultés qu’avaient les Palestiniens pour passer les barrages vers Israël ou simplement passer d’une ville à l’autre en CisJordanie. Régulièrement, dans ses articles, Amira Hass critique aussi le mur sécurité qui en effet ne se trouve pas sur la ligne verte de 1967, sépare certains villages palestiniens de leurs champs et permet d’inclure quelques colonies dans le territoire israélien. Elle a été confrontée à des violences de colons exaspérés qu'une journaliste israélienne puisse se trouver dans l'" autre camp ". Elle a eu aussi quelques altercations avec l'armée. " J'ai accepté de parler aux officiers, sans intention de rendre l'occupation plus humaine. Je leur ai expliqué qu'ils défendaient un régime d'apartheid, en leur montrant la belle route qui menait vers une colonie et la route défoncée réservée aux Palestiniens ", explique-t-elle.

Cependant, elle n’oublie pas de mettre en cause certains aspects de la politique palestinienne. Dans le livre publié en 2002, la journaliste d’Haaretz porte un regard sévère sur la politique d’Arafat. Elle lui reproche notamment d'avoir tenu un double langage aux réfugiés, réclamant (en vain) à Israël une reconnaissance de leur droit au retour, tout en assurant à mi-mot que celui-ci ne serait pas appliqué, sans l'avouer aux intéressés. Les exagérations, voire les mensonges palestiniens l'exaspèrent ; qu'il s'agisse du nombre de victimes ou de l'emploi par Israël d'armes imaginaires comme les balles à uranium enrichi. Elle dénonce aussi, chez les islamistes, un antijudaïsme qui véhicule des mythes antisémites qui n'ont rien à voir avec les malheurs des Palestiniens. Amira Hass n'est guère plus indulgente envers la gauche palestinienne. Elle fustige son nationalisme, son élitisme (elle n’est essentiellement présente que dans les couches privilégiées) ou la zizanie qui règne parmi les cadres politiques, leur coupure du reste de la population.

Malgré le fait de vivre à Ramallah, elle est avant tout israélienne et affirme sa judéité qui ne l’empêche pas d’avoir beaucoup d’amis palestiniens. Elle a découvert en vivant là-bas une nouvelle société tout en restant observatrice.
Amira Hass ne pense pas pouvoir changer la situation avec son unique voix : Les mouvements doivent se mobiliser dans la rue pour s’exprimer clairement. Elle pourrait paraître assez pessimiste quant au conflit israélo-palestinien. Elle ne croit pas en la politique de Sharon et car même si aujourd’hui le gouvernement israélien a décidé de retirer les colonies de Gaza, cette politique ne peut pas s’arrêter là. Il s’agit seulement d’un début et la première solution pour ce conflit est bien entendu « deux peuples, deux états »