Réaction de Henri Wajnblum, membre du comité de l'UPJB

Chers Ami(e)s,

Avant tout, je tiens à vous dire combien j’apprécie le fait même de votre existence. Si Dor Hashalom et l’UPJB ne sont pas nécessairement d’accord sur tout, il est évident que nous menons le même combat en faveur d’une paix au Proche-Orient basée prioritairement sur la justice et sur la notion de deux peuples, deux Etats pleinement souverains, vivant côte à côte de part et d’autre de la Ligne verte. Depuis votre apparition sur la place publique, nous nous sentons un peu moins seuls dans le landerneau communautaire.

A présent, quelques remarques sur le contenu des thèmes proposés à votre AG :

Israël-Palestine

Vous faites le plus souvent référence à Taba et à l’initiative de Genève, et il est vrai que ces deux références marquent une avancée substantielle par rapport à tout ce qui s’était fait auparavant. Mais il me semble, surtout dans les circonstances actuelles créées par la venue du Hamas au pouvoir, qu’il serait peut-être plus opportun de citer aujourd’hui la résolution que la Ligue arabe a adoptée en 2002 à Beyrouth.
Dans cette résolution, due à l’initiative du prince Abdallah d’Arabie Saoudite, la Ligue proposait à Israël la paix, toute la paix, contre les territoires, tous les territoires. En d’autres termes, Israël se retire sur ses frontières du 4 juin 1967, la Syrie récupère le Golan, un Etat palestinien est créé à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, et, en échange, les vingt-deux Etats de la Ligue arabe établissent des relations diplomatiques et commerciales complètes avec Israël, dont ils s'engagent à garantir la sécurité.
Israël a, faut-il s’en étonner ?, refusé cette résolution et, “étrangement”, la Communauté Internationale qui, dans un premier temps, avait applaudi à tout rompre (il s’agissait effectivement d’une fameuse révolution dans l’approche de la problématique israélo-palestinienne par le monde arabe), s’est empressée de l’enfouir dans le tiroir aux breloques. Il me semble que le gouvernement Hamas serait plus à même d’être sensible à cette résolution émanant de ses “frères arabes”, qu’à la référence à “Genève”.

Points à discuter

1) Vous vous posez la question de savoir s’il serait opportun d’aborder d’autres sujets et vous citez les problèmes socio-économiques en Israël. Ils sont certes importants, mais ne pensez-vous pas qu’il serait plus judicieux de débattre de la notion d’ “Etat juif et démocratique” ? Cela vous amènerait à initier un débat crucial sur les droits des minorités et tout particulièrement sur ceux de l’imposante minorité palestinienne citoyenne d’Israël.
J’estime par contre que le débat (intracommunautaire ?) que vous suggérez sur les questions d’identité en Belgique pourrait être extrêmement intéressant.

2) Je ne pense pas qu’il serait opportun que Dor Hashalom crée un lien structurel avec un ou des partis politiques israéliens. Iriez-vous, au cas où vous vous lieriez, entre autres, avec le parti travailliste, jusqu’à défendre le plan de “désengagement” unilatéral auquel ce parti va probablement adhérer en échange d’un rehaussement du salaire minimum garanti ?
L’adhésion et le soutien au camp de la paix me semblent nettement plus judicieux. Mais l’adhésion et le soutien à l’ensemble des composantes du camp de la paix et pas seulement à Shalom Arshav dont je n’arrive toujours pas à avaler la déclaration, dans la nuit qui a suivi les élections, selon laquelle elles avaient vu “la victoire du camp de la paix” ! Les Travaillistes + le Meretz, cela nous fait 24 sièges, et si on y ajoute les 10 sièges des autres partis de gauche, Hadash, Liste arabe unifiée et Balad, la gauche israélienne ne pèse toujours que 34 sièges sur 120 ! A moins qu’on me dise que le plan Olmert constitue un plan de paix ! N’entrez donc pas dans le jeu de la concurrence entre les différents Mouvements pacifistes.

3) Contacts avec le Hamas… Je suis d’avis que l’on peut rencontrer le Hamas, ne serait-ce que pour savoir ce qu’il “a dans le ventre”, sans perdre son âme. Lors de mon dernier séjour (février dernier) dans les Territoires occupés au sein de la délégation des "Juifs Européens pour une Paix Juste", j’ai, entre autres partis politiques, rencontré une délégation de responsables du Hamas. Nous leur avons dit 1) que nous étions juifs et athées 2) que le projet de société du Hamas était aux antipodes du nôtre… Et puis, nous les avons questionnés sur leurs objectifs à la tête du gouvernement palestinien. Le but de cette courte missive n’est pas de vous dire tout ce qu’ils nous ont dit. J’ai cité cette rencontre dans le seul but que l’on pouvait rencontrer le Hamas sans renoncer à ses positions, pas plus qu’à ses valeurs.

4) Je ne me prononcerai pas sur l’opportunité pour Dor Hashalom d’adhérer ou non au CCOJB. Nous ne l’avons pas fait parce que, ainsi que vous le savez, nous ne reconnaissons pas la centralité d’Israël inscrite dans la charte de cette institution. Peut-être n’avez vous pas ce genre de réticence. Je crains seulement que si Dor Hashalom y adhère, sa voix soit noyée dans le concert des soutiens inconditionnels à la politique israélienne. Le seul avantage que je verrais dans votre adhésion, c’est le soutien que vous pourriez apporter à son président Philippe Markiewicz. Mais n’est-il pas lui-même sur un siège éjectable en raison de ses positions “modérées” ?

Je vous souhaite une très fructueuse Assemblée générale dont sortira une foule de nouveaux projets.

Très amicalement
Henri Wajnblum, membre du Comité de l’UPJB