| |
|
Réaction
de Claude
Kandiyoti,
du groupe de contact européen des accords de Genève
Il m’a
été donné l’opportunité de réagir
à votre texte et c’est avec joie que je me prête à
cet exercice, et ce à une période que l’on peut qualifier
d’incertaine.
Je tiens également à saluer l’action de Dor Shalom,
son militantisme, mais surtout son action éducative, au nom de
la paix, de la tolérance, de la liberté d’expression
et du dialogue entre les peuples.
Il va sans dire qu’étant engagé activement à
la cause que vous défendez, je souscris totalement avec les principes
que vous énoncez dans votre texte :
• Deux peuples deux états
• Un accord négocié sur les paramètres Clinton
et Accords de Genève
• Un retour au frontières de 67
Cependant, une série d’événements ont changé
la donne politique sur le terrain. Depuis Camp David, avec l’éclatement
de la seconde Intifada, depuis les Accords de Genève, avec l’invasion
irakienne ainsi que le programme de démocratisation imposé
par les Etats Unis et l’arrivée d’Abou Mazen à
la présidence de l’autorité palestinienne, depuis
le désengagement unilatéral de Gaza, et l’arrivée
du Hamas au pouvoir. Au vu de ces changements, je trouve opportun de revoir
certains principes pouvant aider à orienter vos débats.
J’énumèrerai
brièvement 4 points qui me semblent fondamentaux :
1) Le
processus de paix israélo-paletinien comme élément
stratégique pour la stabilité régionale.
Toute résolution du conflit ne peut s’inscrire qu’au
sein d’une stratégie de stabilisation régionale. Ceci
comprend la situation iraquienne, la nucléarisation iranienne,
la montée de l’intégrisme islamique ainsi que la démocratisation
du monde arabe . Le conflit Israélo-Palestinien n’est qu’un
des éléments (même si majeur) dans le conflit de civilisation
auquel nous faisons face.
2) La
politique unilatérale. Le désengagement unilatéral
représente non pas une solution au conflit mais une situation de
fait imposée. Elle reste un acte important qui a permis de créer
un précédent en démontrant qu’un gouvernement
israélien, qui plus est de droite, est capable de rendre des territoires
occupés. Le désengagement a mis fin à l’idéologie
du Grand Israel. Il semble que d’autres désengagements auront
lieu dans un futur plus ou moins proche. Ces actes seront très
important mais il ne faut pas se leurrer, seule une solution négociée
pourra amener une solution viable tant pour les israéliens que
les palestiniens.
3) Hamas
VS Autorité Palestinienne. Vous posez ici une question
très importante. Un groupe prônant la paix devrait’il
avoir des contacts avec le parti ayant été élu démocratiquement
par le peuple palestinien même si celui-ci ne reconnaît pas
Israël, prône sa destruction, et tiens des propos xénophobes
? Ma réponse est simple, NON. Il serait naïf de croire qu’un
mouvement dont le but est l’islamisation du mouvement de libération
national palestinien et dont l’arrivée au pouvoir n’est
qu’un moyen afin d’y parvenir, changera de ligne politique
et ce malgré la pression international. Je pense que ceci va à
l’encontre de nos principes en tant que militants du camp de la
paix. Cependant il y a une grande distinction à faire entre le
parti du Hamas et le gouvernement de l’autorité palestinienne
dirigée par le Hamas. L’autorité palestinienne même
avec le Hamas à sa tête reste un interlocuteur privilégié
malgré les démonstrations de forces des dernières
semaines. Plus que ça il va de l’intérêt du
processus de maintenir un canal de discussion avec ses représentants.
Cependant, n’oublions pas que le camp de la paix reste un mouvement
politique, prônant, selon les mots de Tom Friedman, « la modération
extrême » , il est donc important de soutenir les forces palestiniennes
modérées qui restent le seul espoir à un accord négocié.
Le premier représentant de celles-ci est Abou Mazen, qui plus isolé
que jamais à la présidence de l’autorité, mise
sur le fait que le seul interlocuteur durant les négociations d’Oslo,
de Wye, de Camp David et Taba fut l’OLP, qui reste sous contrôle
du Fatah.
4) La
communauté internationale, elle reste plus que jamais
le dernier recours. Le Quartet a été tellement divisé
depuis sa création qu’il est resté presque inaudible
et ce du fait de la volonté américaine à ne pas s’impliquer
dans le conflit Israélo-Palestinien, malgré les supplications
de l’Union Européenne. L’Europe, a été
le berceau de la plupart des initiatives de paix, à commencer par
Madrid en 91, Oslo en 93 et la feuille de route en 2002. Les Etats Unis
ont déjà annoncé leur volonté de maintenir
le statut quo. L’Europe a ici une opportunité afin de prendre
la place de médiateur privilégié. Une implication
de la communauté internationale pourrait aider à apaiser
les tensions, nous l’avons vu avec l’exemple du passage de
Rafah et pourrait prévenir la résurgence d’une troisième
« Intifada « ou d’une première guerre civile
palestinienne. Elle pourrait forcer Israël a alléger le blocage
des territoires et à arrêter la construction de la barrière
de sécurité. Surtout elle pourrait devenir, le canal de
communication entre des protagoniste devant respectivement rester sur
leurs positions de non retour à la table de négociations.
Le chemin
vers la paix reste donc encore long et demande une remise en question
systématique de certaines idées qui nous semblaient reçues.
C’est ce à quoi l’équipe de « l’initiative
de Genève » s’est attelée. Oui l’accord
est la, clair, possible, mais la voie pour y arriver reste sinueuse. C’est
pour cela qu’il faut user de créativité tout en observant
l’évolution sur le terrain. Le but étant que l’espoir
d’un accord négocié pouvant amener paix et à
la prospérité dans la région ne soit jamais perdu.
Je vous souhaite de bons et fructueux débats
Claude Kandiyoti
|
|