Réaction de Michèle Szwarcburt, présidente du CCLJ

Chers Amis de Dor Hashalom,

Nous partageons globalement les mêmes objectifs que les vôtres mais nous considérons, à la différence de Dor Hashalom, que les petits pas en direction de la paix, même s’ils se font à la seule initiative israélienne, valent mieux que le statu quo.

Même si nous souscrivons à votre analyse selon laquelle une paix négociée vaut mieux qu’une décision unilatérale, nous estimons qu’il est politiquement impossible pour le gouvernement israélien d’entrer dans des négociations avec un mouvement qui non seulement est responsable d’attentats contre des civils israéliens, mais qui renouvelle, une fois aux affaires, son refus de reconnaître l’existence d’Israël.

Dans ces conditions, comment serait-il même imaginable de cautionner un régime qui prépare une nouvelle génération de Palestiniens à la guerre avec Israël, depuis les manuels scolaires faisant état d’une Palestine s’étendant du Jourdain à la Méditerranée, jusqu’à la justification publique de la shahida ? Ces jeunes sont formatés par le Hamas pour finir en bombes humaines. Est-ce cela la négociation ?

C’est pourquoi, au travers du travail que nous fournissons avec Shalom Archav, nous nous efforçons de dynamiser les prises de contacts entre responsables des sociétés civiles qui reconnaissent le droit à l’existence de l’autre et adhèrent aux principes généraux du Pacte de Genève. Nous pensons que c’est en privilégiant les acteurs prêts au dialogue et en fermant clairement la porte à ceux qui se refusent à reconnaître la légitimité de l’autre, que nous faisons progresser la cause de la paix. La cécité fait toujours reculer la justice.

C’est également probablement une nuance importante entre nos deux mouvements : nous estimons devoir répercuter en Belgique le débat entre acteurs responsables de leur destin, et non entre deux peuples qui se réfugient derrière l’alibi de la victimisation pour ne pas prendre pleinement leurs responsabilités. A ce titre, nous ne partageons pas la vision asymétrique communément admise aujourd’hui, qui consiste à présenter devant un public acquis à la thèse des Palestiniens la culpabilité unique d’Israël dans la situation actuelle mais rappelons régulièrement qu’il y a bien co-responsabilité des deux peuples dans l’enlisement actuel et dans la volonté de sortir de celui-ci.

Nous ne souscrivons pas à la vision victimaire très à la mode ces dernières années en Europe et préférons à la fois envisager les torts des deux parties, mais surtout faire confiance à la capacité de celles-ci pour les réparer. Il ne nous semble pas juste, moins en tant que Juifs qu’en tant qu’être humains, soucieux du respect des droits mais aussi des devoirs de chacun, de faire porter à Israël seul le poids de l’occupation, à la fois pour des motifs historiques et pour des questions très pratiques. Et nous ne voulons pas offrir satisfaction à une opinion largement hostile à Israël en invitant des intervenants dont le discours est nécessaire au sein de la société israélienne mais qui, face à la montée de l’antisionisme en Belgique, est récupéré pour attaquer unilatéralement Israël.

Vous le savez, ce n’est pas pour des raisons idéologiques que nous défendons cette position - car nous sommes profondément attachés au retrait des Israéliens des territoires palestiniens et au droit des Palestiniens à vivre dans un Etat souverain et indépendant, conformément au Pacte de Genève. Mais nous ne pouvons accepter que cela se fasse au détriment du droit légitime à la sécurité d’Israël et à l’existence d’Israël.

Ceci, nous le savons, nous rapproche énormément, vous et nous, et nous espérons sincèrement que votre démarche pourra contribuer à rapprocher les points de vue des Israéliens et des Palestiniens. Mais nous avons choisi une autre voie, plus pragmatique, plus proche peut-être du possible que du souhaitable, parce que nous pensons que celui-là est la condition préalable à celui-ci.

Bonne assemblée générale !
Michèle Szwarcburt, présidente du Centre Communautaire Laïc Juif.